1 - Ossatures
Les squelettes sont des structures sans façades. Ces édifices témoignent d'anomalies très diverses dans le bon déroulement des opérations de construction.
Abandonés, inachevés ou partiellement détruits, leurs silhouettes rappellent autant la destruction que la construction.
Les squelettes sont souvent le résultat de la résistance des ossatures, la plupart du temps en béton, à une démolition bon marché. Elles sont aussi la partie la plus résistante au recyclage d'un batiment, on peut difficilement les démonter pour les réutiliser ailleurs.
Les particularités des squelettes rencontrés résident dans leur vocation première projetée, qui donne aujourd'hui certaines caractéristiques spatiales telles que les hauteurs ou les volumes prédéfinis qui deviennent les conditions de départ de l'appropriation.
Mais le squelette a en revanche un fort aspect didactique, où il est facile d'y lire les logiques techniques qui leur ont donné forme, structure et circulation des fluides. Il y subsiste souvent des tracés d'implantation qui donnent à lire la géometrie qui règle la construction. Les matériaux bruts n'ont pas reçu les finitions qui cachent souvent les empreintes de la mise en œuvre et révélent le principe d'économie de travail dans les parties non vues.
2 - Habitants constructeurs
Afin de valoriser ces attitudes alternatives aux processus habituels de la construction, il est nécessaire de comprendre les investissements financiers et surtout humains qui ont permis ces réalisations. La force d'entreprise individuelle et communautaire est la condition et la seule garantie d'une évolution vers une acceptation urbaine du bâtiment, avec l'indispensable reconnaissance sociale de ses habitants intégrés à la vie de la Cité.
Les intérieurs des logements produits selon les logiques que nous avons mises en evidence dans les squelettes diffèrent peu des logements autoconstruits depuis la structure.
On y trouve également une attention au détail qui tire partie des asperités de la matière et de la forme, un génie manuel et constructif du bricolage, de la solution technique à portée de main et de bourse.
Les modèles culturels de l'habiter sont toujours un critère de réussite sociale, et les habitants accordent une grande importance à un découpage classique des pièces à habiter notamment le salon où on reçoit ses visites.
3 - Fluides
L'habitabilité d'un logement dépend avant tout de la facilité d'accès aux réseaux. Hygiène, énergie, communication sont les conditions contemporaines de la dignité d'un habitant des grandes métropoles.
Si on considere que les habitants connaissent leurs besoins fondamentaux mieux que quiconque et qu’ils s'eploient à les satisfaire par ordre d’urgence, on est obligés de constater que l’accès à l’information mais aussi au divertissement televisuel est une priorité.
Dans l'habitat vertical, les concessionnaires livrent les fluides à l'immeuble, la copropriété les achemine à chaque logement, et les habitants les distribuent dans leurs appartements.
Dans les squelettes, les structures physiques pour l’acheminement des fluides à chaque usager existent, tout au moins les trémies. Il s'agit donc souvent, comme ce fut le cas pour le ‘Teto Benjamin Constant’ de Rio de pirater la connexion au réseau de la ville.
Les branchements officiels disponibles aujourd'hui sont le résultat d'une longue lutte pour la reconnaissance de leur existence. Les services privatisés ne se formalisent pas trop, ce sont toujours de nouveaux clients. Les services de l'état sont plus difficiles à convaincre : la case squelette n'existe pas dans les formulaires.
4 - Façades
Pour qu'un logement puisse se constituer dans un squelette, il doit etre delimité. Cette façade sépare un interieur d'un extérieur : d'un point de vue culturel, constructif ou fiscal, c'est cette délimitation qui crée un foyer où l'homme peut habiter. La façade a un role de filtre complexe, controlant la perméabilité à la vue, aux intrus, à l'air et à la temperature. Le role d'isolation thermique est moins important dans les pays tropicaux, ce qui autorise une plus grande autonomie technologique aux autoconstructeurs. Dès qu'une solution spatiale ou technique est mise au point, elle est rapidement copiée et ameliorée, souvent par le même constructeur qui en fait une specialité.
La façade est aussi la représentation sociale des habitants. Chacun rivalise selon ses moyens pour faire de son logement le plus beau dans une sorte de compétition. L’esthétique du “collage” qui eu décole est controversée. Elle est associée avec le précaire, l’informel, l’inachevé. L’harmonie et la composition des façades est une des plus anciennes préocuppations des Architectes. Elle répond au consensus de la société sur l’appréciation de l’environnement urbain et de l’image de la ville.
5 - Extensions
L'une des caractérisiques principales des logements en autoconstruction est la maîtrise et la progressivité des investissements répondant au besoin d'espace.
Les squelettes lors de la colonisation progessive accueillent peu à peu les arrivants. L'accroissement se fait ensuite par densification interne des logements, de nouveaux niveaux subdivisent alors les volumes. En phase ultime, seule la croissance externe est envisageable. Des exostructures apparaissent alors. Les toitures, sousbassements et balcons se construisent, de nouveaux volumes viennent se greffer à la structure-mère.
6 - La communauté et la copropriété
La construction superposée suppose la copropriété. Cette forme d'organisation communautaire codifiée qui règle les droits et obligations des copropriétaires/occupants connaît diverses versions spontanées. D' une logique de connaissances de voisinage et d'ancienneté elle tend à évoluer vers une forme juridique classique.
L'appropriation des squelettes n'est qu'une suite de délimitations et extensions illégales, avec son corthège de litiges et conflits de voisinnage, mais aussi sa solidarité. A l'édificio Teto Benjamin Constant, certains copropriétaires payent leurs charges en faisant des travaux d'entretien.
L'enjeu majeur pour les occupants est la légalisation des titres de propriété qui permet d'intégrer le marché formel (où les prix sont plus hauts) et d'obtenir des crédits immobiliers, même si le corollaire est qu'il faudra se légaliser auprès des services urbains et payer des impôts.
7 - Jardins aériens
Les jardins aériens désignent les espaces complémentaires au logement, qui peuvent être individuels ou partagés. Ils servent de lieux de bricolage, de stockage de matériaux, voire de cuisine collective ou de buanderie. Mais ils ne sont jamais aussi intéressants que lorsqu'ils accueillent des plantes, comestibles ou simplement ornementales, qui traduisent la prise en charge de ces espace par des habitants-jardiniers.